Fidji Simo, 40 ans, née à Sète, est la Française qui dirigeait le déploiement de l’IA générale chez OpenAI jusqu’en juillet 2026 : elle a quitté ce poste à plein temps à cause d’une maladie chronique qu’elle a elle-même nommée, le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS), et consacre désormais son énergie à ChronicleBio, une société qui collecte et analyse du sang à l’aide de l’intelligence artificielle pour chercher des traitements. Son nom est remonté dans l’actualité française le 28 août 2026, sous la plume de Midi Libre, qui la présente en Sétoise créant une entreprise de recherche médicale. Une précision s’impose d’emblée : ChronicleBio n’a pas été créée après son départ d’OpenAI. La société existe depuis 2025 et vient de boucler sa première année d’activité.
- ▸Qui : Fidji Simo, née le 5 octobre 1985 à Sète (Hérault), diplômée d’HEC Paris. eBay, puis dix ans chez Facebook, puis directrice générale d’Instacart, puis OpenAI.
- ▸Ce qui lui arrive : elle vit avec un syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS). Le 9 juillet 2026, elle annonce quitter son rôle à plein temps chez OpenAI et devenir conseillère à temps partiel.
- ▸Ce qu’elle fait maintenant : ChronicleBio, cofondée avec Rohit Gupta et Rishi Reddy, installée à Menlo Park (Californie), 15 millions de dollars levés. Cible : le POTS, l’EM/SFC et le Covid long.
- ▸Le chiffre qui résume la méthode : 153 téraoctets de données extraits de plus de 3 500 tubes de sang, prélevés chez 709 patients en un an.
Qui est Fidji Simo, en trois lignes de CV #
Née le 5 octobre 1985 à Sète, dans l’Hérault, elle sort d’HEC Paris avec un master en management, complété par une année à l’UCLA Anderson School of Management. Elle passe chez eBay de 2007 à 2011, sur les chantiers de commerce local et de petites annonces. Puis viennent dix ans chez Facebook, de 2011 à 2021 : elle y devient vice-présidente et responsable de l’application Facebook, c’est-à-dire du fil d’actualité, des Stories, des groupes, de la vidéo, de Marketplace, du gaming et de la publicité. Autrement dit le cœur du produit, pas un poste périphérique.
En juillet 2021, Instacart la nomme directrice générale ; elle prend ses fonctions en août 2021, conduit l’entreprise jusqu’à son introduction en Bourse en septembre 2023 et en devient ensuite présidente du conseil. Son départ d’Instacart est annoncé le 7 mai 2025 — le jour même où OpenAI annonce son recrutement.
Chez OpenAI : un périmètre précis, et deux intitulés successifs #
Elle siège au conseil d’administration d’OpenAI depuis mars 2024 : c’est par là qu’elle est entrée dans la maison. Le 7 mai 2025, OpenAI annonce sa nomination à un poste créé pour elle, « CEO of Applications » — la direction de tout ce qui relève du produit et des revenus (ChatGPT, les abonnements, la monétisation), pendant que Sam Altman se concentre sur la recherche et l’infrastructure. Elle prend ses fonctions en août 2025. Son intitulé devient ensuite « CEO of AGI Deployment », le déploiement de l’IA générale.
C’est ce périmètre-là qu’il faut avoir en tête quand la presse française la présente comme « numéro 2 d’OpenAI » : la mise sur le marché, pas la recherche fondamentale. Le rythme produit de cette période se lit dans les annonces successives de l’entreprise, du navigateur Atlas — dont nous avions détaillé ce qu’il fallait sauvegarder avant sa fermeture — aux agents autonomes de ChatGPT Work.
Pourquoi elle est partie : la chronologie, sans interprétation #
Début avril 2026, OpenAI fait savoir qu’elle se met en retrait pour raisons médicales, et réorganise son état-major dans la foulée (Le Figaro, 5 avril 2026 ; Les Échos, 6 avril 2026). Suit une pause de trois mois. Le 9 juillet 2026, elle publie elle-même sa décision : « I have decided to leave my full-time role at OpenAI and transition to being a part-time advisor » — j’ai décidé de quitter mon poste à plein temps chez OpenAI et de devenir conseillère à temps partiel. Elle explique qu’une « severe exacerbation », une aggravation sévère de sa maladie chronique, rend sa convalescence « much longer and more complex » que prévu.
Le POTS : ce que dit la médecine, ce qu’elle en dit #
Le syndrome de tachycardie orthostatique posturale — POTS en anglais, parfois abrégé STOP en français — est un trouble du système nerveux autonome. Le passage à la position debout y déclenche une accélération anormale du rythme cardiaque, accompagnée de vertiges, de palpitations, de malaises, d’une fatigue profonde et de ce que les patients appellent le brouillard cérébral. Selon la Cleveland Clinic, il touche majoritairement des femmes de 15 à 50 ans, plus de 500 000 personnes aux États-Unis, et son diagnostic passe notamment par un test sur table basculante. Les causes restent débattues : infections virales, grossesse ou chirurgie sont citées comme déclencheurs, et une piste auto-immune est explorée. Dans environ huit cas sur dix, l’état s’améliore.
Fidji Simo décrit une trajectoire inverse. Interrogée par Fortune le 3 août 2026, elle dit : « I’m physically the worst I’ve ever been » — physiquement, je n’ai jamais été aussi mal. Elle vit avec ce diagnostic depuis 2019, soit sept années de maladie avant son départ d’OpenAI. C’est la seule affection qu’elle a rendue publique, et nous nous en tenons strictement là.
Cet article est un article d’actualité, pas un contenu médical. Il ne décrit ni un traitement, ni une conduite à tenir. Les éléments sur le POTS proviennent de sources médicales généralistes et ne remplacent en aucun cas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de malaises répétés au lever, de palpitations ou de fatigue inexpliquée, la seule démarche utile est de consulter un médecin.
ChronicleBio : ce que la société fait, concrètement #
ChronicleBio a été cofondée par Fidji Simo avec Rohit Gupta et Rishi Reddy. Elle est installée à Menlo Park, en Californie, et a levé 15 millions de dollars à ce jour. Son objet n’est pas de vendre un médicament : c’est de fabriquer un jeu de données. La comparaison est d’elle : « If you look at LLMs, they work so well because the internet existed. We are missing the internet of biology. » Les grands modèles de langage ont fonctionné parce qu’un corpus géant existait déjà ; en biologie, ce corpus manque.
La méthode, elle, est très terre à terre. Des camions de prélèvement se déplacent au domicile des patients. Bilan de la première année : 890 prélèvements sanguins chez 709 patients, dans l’Utah, l’Arizona, le Texas et en Inde ; plus de 3 500 tubes conservés en biobanque ; 153 téraoctets de données extraites. Les inscriptions au test à domicile ont ouvert le 11 août 2026 : gratuit pour les 250 premiers participants, 400 dollars ensuite, un montant que la société présente comme son prix coûtant. « The whole point for us is not to make money. It’s to collect data so we can find cures », dit-elle à Fortune.
Trois maladies sont visées : le POTS, l’encéphalomyélite myalgique — aussi appelée syndrome de fatigue chronique — et le Covid long, soit environ 300 millions de personnes dans le monde selon l’entreprise. Pour l’analyse, ChronicleBio dit s’appuyer sur des modèles d’OpenAI et d’Anthropic, « anything that’s available » : elle prend ce qui existe plutôt que d’entraîner le sien. Une position assumée de client, sur un marché où les modèles se remplacent tous les trois mois.
Le point à ne pas gonfler : cinq sous-maladies, mais rien de publié #
ChronicleBio affirme avoir identifié cinq sous-maladies distinctes à l’intérieur du seul diagnostic de POTS : ce que la médecine range aujourd’hui sous une étiquette unique recouvrirait en réalité plusieurs mécanismes différents. C’est l’hypothèse centrale de la société, et son argument auprès des investisseurs. Mais ces résultats n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune publication scientifique ni d’aucune relecture par des pairs. Tant que c’est le cas, il s’agit d’une revendication d’entreprise, pas d’un fait établi.
Ce que ce dossier dit du financement de la recherche médicale #
Le schéma mérite d’être regardé froidement. Une patiente qui dispose du capital et du réseau de la Silicon Valley lève 15 millions de dollars pour financer la recherche sur sa propre maladie, en construisant elle-même la base de données qui manquait. C’est une réponse rapide à un angle mort réel — les maladies chroniques qui touchent surtout des femmes sont historiquement sous-dotées — mais une réponse qui dépend d’un capital privé et d’une trajectoire individuelle : elle ne se réplique pas pour les 300 millions de patients concernés. Restent des questions de gouvernance que la levée de fonds ne tranche pas : qui possède les 153 téraoctets, et que devient la biobanque si la société est revendue. Sur le terrain voisin des données de santé collectées en France, nous avions détaillé comment s’opposer à l’usage de ses données Doctolib pour la recherche en IA.
Trois questions que l’on se pose en découvrant son nom #
De quelle maladie souffre Fidji Simo ?
D’un syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS), un trouble du système nerveux autonome qu’elle a elle-même rendu public. Elle vit avec ce diagnostic depuis 2019. Aucune autre pathologie ne lui a été attribuée par une source fiable, et nous ne relayons aucune hypothèse sur son état.
À lire Doctolib et l’IA : comment refuser que vos données de santé servent à la recherche
Fidji Simo a-t-elle complètement quitté OpenAI ?
Non. Le 9 juillet 2026, elle a quitté son rôle opérationnel à plein temps de « CEO of AGI Deployment » et est devenue conseillère à temps partiel de l’entreprise. Elle était par ailleurs entrée au conseil d’administration d’OpenAI dès mars 2024.
ChronicleBio vend-elle un traitement ?
Non. La société collecte et analyse des échantillons sanguins pour constituer une base de données, et propose un test à domicile facturé 400 dollars après 250 participants gratuits. Elle ne commercialise aucun médicament et n’a publié à ce jour aucun résultat validé par des pairs.
- ▸Fidji Simo a quitté son poste à plein temps chez OpenAI le 9 juillet 2026, mais reste conseillère à temps partiel.
- ▸La maladie qu’elle a nommée est le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS), diagnostiqué en 2019. Rien d’autre n’est établi.
- ▸ChronicleBio existe depuis 2025, pas depuis son départ : 15 M$ levés, 709 patients, 153 To de données — et zéro résultat publié.
Dans un tout autre registre, on suit aussi le parcours de Sophie Adenot, première Française à sortir dans l’espace, autre trajectoire française au sommet d’une discipline scientifique.
Sources : Fortune, 3 août 2026 (entretien) · Fortune, 10 août 2026 · The Next Web · Dealroom · CNBC, 9 juillet 2026 · Pulse 2.0 · Cleveland Clinic (POTS) · ChronicleBio · Wikipédia (repères biographiques). Reprise française du 28 août 2026 : Midi Libre. Article publié le 28 août 2026.
Plan de l'article
- Qui est Fidji Simo, en trois lignes de CV
- Chez OpenAI : un périmètre précis, et deux intitulés successifs
- Pourquoi elle est partie : la chronologie, sans interprétation
- Le POTS : ce que dit la médecine, ce qu’elle en dit
- ChronicleBio : ce que la société fait, concrètement
- Le point à ne pas gonfler : cinq sous-maladies, mais rien de publié
- Ce que ce dossier dit du financement de la recherche médicale
- Trois questions que l’on se pose en découvrant son nom